Gros plan sur l'eau de pluie s'écoulant d'une gouttière Gros plan sur l'eau de pluie s'écoulant d'une gouttière

Eaux de ruissellement d’un nettoyage de façade ou de toiture : où vont-elles, et qui en répond ?

Sur un chantier de nettoyage de façade, on parle beaucoup de ce qui arrive sur le mur et très peu de ce qui en repart, à savoir les eaux de ruissellement. Pourtant, chaque litre pulvérisé finit quelque part : dans une gouttière, un regard, une pelouse, un massif, une cuve de récupération, un fossé. Et ce litre n’est pas de l’eau de pluie. Il contient le produit appliqué, la biomasse détachée, les particules arrachées au support, parfois des métaux lessivés d’une couverture en cuivre ou en zinc.

La question du ruissellement n’est pas qu’environnementale. Elle est juridique, car rejeter des eaux chargées dans un réseau ou un milieu naturel est encadré. Elle est pratique, car c’est souvent là que naissent les réclamations des voisins. Et elle est technique, car la méthode de nettoyage change radicalement le volume et la nature de ce qui s’écoule. Cet article suit le trajet de l’eau, du mur jusqu’à son exutoire.

Combien d’eau un nettoyage de façade produit-il vraiment ?

Les ordres de grandeur varient énormément selon la méthode, et c’est le premier point à comprendre.

Le nettoyage haute pression consomme beaucoup d’eau. Un nettoyeur professionnel débite couramment 10 à 20 litres par minute. Sur une façade de maison traitée en une journée, cela représente plusieurs milliers de litres, dont l’essentiel ruisselle en emportant les salissures et les particules du support.

L’application chimique à basse pression consomme beaucoup moins. Les fiches techniques des produits de traitement indiquent généralement des consommations de l’ordre de quelques dixièmes de litre de solution diluée par mètre carré, selon la porosité du support. Sur une toiture de 150 m², cela représente quelques dizaines à une centaine de litres de solution, dont une partie est absorbée par le support.

Le rinçage, lorsqu’il suit l’application, ajoute un volume intermédiaire.

Le drone, cantonné par la physique du vol à l’application basse pression, produit donc peu d’eau le jour de l’intervention. C’est un avantage réel. Mais il faut compléter ce constat : un biocide rémanent est conçu pour rester sur le support et se dissoudre progressivement. Les premières pluies qui suivent le traitement lessivent une fraction significative du produit. Les travaux de l’institut suisse Eawag sur les biocides de façade ont montré que ce lessivage est concentré sur les premiers épisodes pluvieux. Le vrai rejet a donc lieu après le départ de l’équipe, et c’est ce que les plans de chantier oublient le plus souvent.

Ce que contiennent les eaux de nettoyage

Les produits eux-mêmes

Les biocides à base d’ammoniums quaternaires, les plus répandus pour le démoussage, sont classés comme très toxiques pour les organismes aquatiques. Ils s’adsorbent fortement sur les matières organiques et les particules minérales, ce qui limite leur mobilité dans les sols, mais pas dans une eau qui s’écoule directement vers un ruisseau. L’hypochlorite de sodium, utilisé comme oxydant, est lui aussi toxique pour la vie aquatique, même s’il se dégrade plus vite. Leurs fiches de données de sécurité, établies selon le règlement CLP, indiquent ces dangers dans leurs mentions H400 ou H410.

La biomasse et les particules

Les mousses, lichens et biofilms détachés forment une charge organique. Les particules arrachées au support, fines d’enduit, grains de tuile, pigments de peinture, se retrouvent dans les gouttières et les regards. Sur un support contenant de l’amiante, ces particules peuvent contenir des fibres, ce qui change tout, comme l’explique notre article sur l’amiante en toiture.

Les métaux

Les eaux qui ruissellent sur une couverture ou des accessoires en cuivre, en zinc ou en plomb se chargent en métaux dissous, en particulier si le produit appliqué est légèrement acide ou oxydant. Ces métaux s’ajoutent à la charge du rejet.

Où va l’eau : suivre le trajet du mur à l’exutoire

Le réseau séparatif d’eaux pluviales

Dans les quartiers équipés d’un réseau séparatif, les eaux de pluie sont collectées dans un réseau distinct des eaux usées. Ce réseau rejette le plus souvent ses eaux sans traitement dans un fossé, un ruisseau ou une rivière. Une descente de gouttière raccordée au pluvial est donc, en pratique, un tuyau qui va vers le milieu naturel. Déverser des eaux de nettoyage chargées de biocide dans ce réseau revient à les déverser dans le cours d’eau.

Le réseau unitaire

Dans les centres anciens, les eaux pluviales et les eaux usées partagent souvent le même réseau, qui aboutit à une station d’épuration. Le rejet y est moins direct, mais il n’est pas libre pour autant. Les stations d’épuration reposent sur une biologie bactérienne que certains biocides peuvent perturber à forte concentration, et lors des fortes pluies, les déversoirs d’orage renvoient une partie des eaux non traitées vers le milieu naturel.

L’infiltration sur la parcelle

Les eaux qui ruissellent vers une pelouse, un massif ou un puisard s’infiltrent dans le sol. Les végétaux au pied des murs sont les premiers exposés, et un biocide qui tue les mousses n’épargne pas toujours les plantations. Une cuve de récupération d’eau de pluie branchée sur la descente recueillera les premiers lessivages : son eau ne devrait pas servir à l’arrosage d’un potager dans les semaines qui suivent.

Eaux de ruissellement : ce que dit la réglementation

En France, plusieurs textes encadrent ces rejets, et il vaut mieux en connaître l’existence que de les découvrir après une plainte.

Le Code de la santé publique soumet tout déversement d’eaux usées autres que domestiques dans le réseau public de collecte à une autorisation de la collectivité propriétaire du réseau. Les eaux de nettoyage d’un chantier professionnel ne sont pas des eaux domestiques. Les règlements d’assainissement des collectivités, comme le règlement d’assainissement de Paris, précisent ce qui peut être rejeté dans chaque type de réseau et interdisent généralement les rejets de substances nocives dans le pluvial.

Le Code de l’environnement sanctionne le fait de jeter ou de laisser s’écouler dans les eaux des substances dont l’action entraîne des effets nuisibles sur la santé, la faune ou la flore. L’article L216-6 prévoit des sanctions pénales significatives, et la responsabilité peut viser l’entreprise comme, selon les circonstances, le donneur d’ordre.

Le cadre européen fixe les objectifs de bon état des masses d’eau au titre de la directive-cadre sur l’eau, et les autorisations de produits biocides délivrées au titre du règlement (UE) n° 528/2012 peuvent comporter des conditions d’emploi destinées à protéger les milieux aquatiques, comme l’interdiction d’application avant une pluie annoncée ou des distances à respecter.

Il ne s’agit pas de dire que tout nettoyage de toiture est un délit. Il s’agit de rappeler qu’un rejet non maîtrisé dans le pluvial n’est pas anodin, et que la documentation du chantier doit montrer que la question a été traitée.

Maîtriser le ruissellement : les mesures simples et efficaces

La bonne nouvelle, c’est que la plupart des mesures utiles sont peu coûteuses, à condition d’être prévues avant l’intervention.

Cartographier les exutoires. Avant le chantier, repérer chaque descente et savoir où elle aboutit : réseau pluvial, unitaire, puisard, cuve, sol. Cette carte prend une demi-heure et conditionne toutes les autres décisions.

Obturer ou dévier les descentes. Pendant l’application et, pour les biocides rémanents, jusqu’aux premières pluies significatives, les descentes raccordées au pluvial peuvent être déconnectées et dirigées vers un bac de rétention, ou obturées au niveau du regard avec un obturateur adapté. Les eaux récupérées sont ensuite éliminées selon la filière indiquée par la fiche de données de sécurité.

Protéger les avaloirs de voirie. Un tapis ou une plaque d’obturation posé sur les grilles d’avaloir situées dans la zone de ruissellement évite qu’une coulure ne parte directement au pluvial.

Déconnecter les cuves de récupération. Toute cuve de récupération d’eau de pluie doit être isolée pendant l’intervention et les premiers épisodes pluvieux.

Protéger la végétation. Bâches sur les massifs, arrosage préalable des plantations pour limiter l’absorption, rinçage des feuillages touchés par la dérive.

Choisir le moment. Appliquer un biocide juste avant une forte pluie maximise le lessivage immédiat vers le réseau et minimise l’efficacité du traitement. Une fenêtre sèche de quelques jours après l’application est généralement recommandée par les fabricants. Notre article sur la meilleure saison pour nettoyer détaille ces fenêtres selon les climats.

Doser juste. Le surdosage n’achète pas de durabilité, comme l’explique notre article sur le démoussage de façade. Au-delà du seuil efficace, le produit supplémentaire part pour l’essentiel dans le ruissellement.

Les situations qui demandent une vigilance renforcée

Certains environnements transforment un ruissellement banal en risque sérieux.

Les captages d’eau potable. Les périmètres de protection des captages font l’objet de prescriptions fixées par arrêté préfectoral, qui peuvent restreindre l’usage de certains produits. Un bâtiment situé dans un périmètre de protection rapprochée justifie une vérification préalable auprès de la mairie ou de l’agence régionale de santé.

Les puits et forages privés. Une maison alimentée par un puits, ou dont le jardin comporte un forage, ne doit pas laisser les eaux de nettoyage s’infiltrer à proximité de l’ouvrage.

Les cours d’eau et zones humides. Un bâtiment en bord de rivière, d’étang ou de marais rejette souvent ses eaux pluviales directement dans le milieu, sans réseau intermédiaire. Les organismes aquatiques y sont exposés sans aucune dilution préalable.

Les bassins d’agrément et les piscines. Un bassin à poissons situé sous une gouttière ou dans la zone de dérive peut être dévasté par quelques litres de biocide. Une piscine voisine recevant des embruns de pulvérisation devra peut-être être rééquilibrée.

Les jardins potagers et les ruches. Les végétaux destinés à la consommation et les ruchers voisins méritent une protection particulière et une information des propriétaires.

Dans ces cas, la déviation des descentes pendant les premiers épisodes pluvieux n’est plus une précaution, c’est une condition du chantier, et le choix d’un produit moins persistant peut se justifier même au prix d’un effet plus court.

Nettoyage par drone et ruissellement : avantages et pièges

Le drone a un avantage structurel : il applique de faibles volumes, sans haute pression, donc sans le torrent d’eau et de particules d’un décapage. Sur le seul critère du volume rejeté le jour du chantier, il est nettement plus sobre que le nettoyage haute pression.

Il a aussi deux pièges propres.

La dérive. Une pulvérisation aérienne produit une fraction de gouttelettes fines que le vent et le flux descendant des rotors peuvent emporter à plusieurs mètres, voire au-delà. Ces gouttelettes se déposent sur les toitures voisines, les voitures, les jardins, et parfois directement sur une mare ou un fossé. La maîtrise de la taille des gouttelettes et une limite de vent mesurée à hauteur de travail font partie de l’évaluation des risques exigée par la réglementation drone.

L’illusion du chantier propre. Parce que le jour de l’intervention ne produit presque pas d’eau, on oublie que le traitement rémanent sera lessivé plus tard. Sans déconnexion des descentes pendant les premières pluies, le rejet a simplement lieu en différé.

Ordre de grandeur des coûts de maîtrise des eaux

Exprimé dans l’unité de référence de nos articles, un passage de nettoyage par drone sur une maison de référence, le coût des mesures de maîtrise est modeste.

MesureCoût indicatif (× unité de référence)Commentaire
Cartographie des exutoiresInclus dans la visite de siteIndispensable
Obturation temporaire des regards et avaloirs0,02–0,05×Matériel réutilisable
Déviation des descentes vers un bac de rétention0,05–0,15×Selon le nombre de descentes
Enlèvement et élimination des eaux récupérées0,05–0,2×Selon volume et filière

Au regard de l’exposition juridique et des réclamations évitées, ces montants sont faibles. Un devis qui n’en fait aucune mention ne signifie pas forcément que l’entreprise néglige la question, mais c’est une bonne raison de la poser.

Eaux de ruissellement : les questions à poser avant le chantier

Avant de valider un nettoyage de façade ou de toiture, posez ces cinq questions à l’entreprise :

  • Où aboutit chaque descente de gouttière du bâtiment, et le réseau est-il séparatif ou unitaire ?
  • Quel produit sera appliqué, en quelle quantité, et quelles précautions la fiche de données de sécurité impose-t-elle pour l’environnement ?
  • Les descentes et avaloirs seront-ils obturés ou déviés, et jusqu’à quand ?
  • Comment les eaux éventuellement récupérées seront-elles éliminées ?
  • Quelle limite de vent et quelle taille de gouttelettes sont prévues pour contenir la dérive ?

Un nettoyage bien conduit ne se juge pas seulement à l’aspect du mur trois mois plus tard. Il se juge aussi à ce que personne, en aval, ne s’est aperçu de rien. Pour un propriétaire comme pour un syndic de copropriété, inscrire ces questions au cahier des charges ne coûte rien et évite l’essentiel des litiges environnementaux liés à l’entretien des façades.